Oser rêver en volant

Un des rêves de l’homme n’est-il pas de pouvoir s’envoler ? Tel un aigle majestueux, pouvoir transpercer les nuages, ne pas avoir de frontières, traverser des mers, toucher le soleil…

Enfant, j’ai regardé un film de Walt Disney qui m’a beaucoup fasciné : Peter Pan. Ah quel film ! Attraper un peu de poussière de fée, partir au pays imaginaire et surtout voler ! Croiser des sirènes, des pirates, des indiens, être tour à tour Clochette, Wendy ou la Princesse Lili-La-Tigresse. Quelle aventure ! Quel rêve !
Ce film fait partie des dessins animés qui ont marqué mon enfance, de par son histoire attachante et féerique, mais surtout étant donné ce qu’il s’est produit par la suite…

Petite (je devais être âgée de 7 ou 8 ans), je me suis réveillée en pleine nuit. Est-ce un mauvais rêve qui me tira de mon lit ? Je ne m’en souviens plus… La maison était tranquille, tout le monde dormait paisiblement. En me levant, j’observai dans la chambre de mon petit frère si tout allait bien. Il était entré dans ma vie, avec trop de diligence à mon goût, mais je m’étais surprise à l’aimer beaucoup.

Je crois qu’en vérité, j’avais peur que le cœur de mes parents, ces héros, ne suffise pas pour nous deux. Ce ne fut pas le cas lors de son arrivée, car je ne savais pas, à l’époque, que le cœur des parents a cette capacité de grandir et de s’élargir à l’infini.

Il était là mon petit frère, son petit doigt dans la bouche. Sa respiration était toute douce. Malgré toutes mes jalousies de petite fille, oui, je m’étais attachée à lui. Je restais là, quelques instants, à prolonger ma rêverie et à imaginer nos jeux à venir…

La soif me tira brusquement de mes songes et je me rendis donc à la cuisine pour prendre un verre d’eau fraîche. Puis, une fois ma gorge apaisée et pour je ne sais quelle raison, une idée folle me vint soudain à l’esprit : et si j’essayais de voler ?

Cela peut sembler ridicule, tout le monde le sait bien, vouloir voler est insensé, étais-je une enfant crédule ? Dans mon cerveau, dans la pensée de la petite fille que j’étais, j’y croyais sans aucun doute, j’étais née pour ça ! Je pourrais voler et même sans poussière de fée.

J’entrepris alors d’escalader un des canapés du salon, celui faisant face à la baie vitrée et qui donnait sur le jardin familial, où un splendide cerisier nous servait de tonnelle lors de nos déjeuners estivaux et nous couvrait de ses fruits délicieux. Il fut aussi l’observateur silencieux de nos espiègleries enfantines et permises, de nos périples lorsque l’on se donnait pour défi d’en atteindre le sommet. Je me mis donc debout sur le dossier, je fermai les yeux : « un, deux et troooiiiis !!!».

Je pourrais vous dire que rien ne se produisit, mais il n’y aurait pas d’histoire et pas de récit.

Mes pieds décollèrent doucement du sofa, j’ouvris alors la fenêtre et partis toucher les étoiles. Ce fut une expérience extraordinaire, quelle sensation incroyable, je sentais le vent caresser mon visage et glisser le long de mes doigts. Alors, entre ciel et terre, quelques larmes perlèrent sur mes joues, la joie sûrement… Je pus apercevoir une chouette, me regardant ébahie, même elle n’en revenait pas.

En prenant un peu de hauteur, je découvris les lumières scintillantes de la ville, j’entrevis quelques passants hâtifs, la beauté de la nuit était surprenante et ce spectacle était à la hauteur de mes attentes.

Puis, tout à coup et comme pour m’avertir de l’heure tardive, l’horloge de l’église sonna trois fois et je sus qu’il était temps de regagner mon foyer. Sans bruit, je rentrai et me rendormis rapidement, le grand air m’avait épuisé.

Le lendemain matin, je tus ce qui m’était arrivé, c’était mon secret, mon rêve. Alors, depuis cette nuit-là et plusieurs nuits d’affilée, je pris mon envol, me laissant porter par les courants, je vécus des odyssées palpitantes et j’ai pu ainsi découvrir le monde !

Le rêve pris fin lorsqu’un matin, après une nuit de voyage et ne pouvant plus tenir ma langue, je racontais à mon jeune frère les exploits de mes nuits précédentes. Voulant lui montrer mon don si particulier, je montai, comme j’en avais pris l’habitude, sur le dossier de mon fauteuil préféré et sans l’ombre d’une hésitation, je m’élançai. La chute et la douleur furent mémorables.

Je me levai et recommençai, plusieurs fois. Impossible ! On m’avait coupé les ailes. Interdite, je ne comprenais pas, mais que se passait-il ? Mes pieds semblaient être aimantés au sol, comme si une force m’attirait vers le bas. À partir de ce jour, je n’ai plus jamais pu m’envoler.

De temps à autre, lorsque mes parents avaient le dos tourné, je remontais sur ce canapé en cuir brun témoin de mes nombreux décollages, mais la déception était toujours la même, cuisante…

C’est bien des années plus tard, alors que j’étais déjà maman, que je pus à nouveau voler. Malheureusement pas de la même manière que lorsque j’étais enfant, mais avec tout autant de passion.

Je découvris, un petit peu par hasard, un endroit où voler était envisageable, où croire en ses rêves était possible : un studio de danses aériennes. Vous me direz qu’on est bien loin de mes escapades nocturnes et je ne peux que comprendre votre raisonnement, mais lorsque suspendu à mon cerceau aérien, accrochée à ma barre en acier, je ferme les yeux, je retrouve cette liberté et cette adrénaline. Tournoyant autour de ma barre de pole dance, décollant lors de chutes maîtrisées, je vole. Et je danse aussi.

Ninie by Clem Piller

Voler est une danse. Et danser, en outre, c’est transmettre. Lorsque l’on danse, le corps raconte une histoire par des gestes, des impulsions, il se meut et exprime ses émotions. Pour danser, il convient de sentir son corps, d’en prendre le contrôle, de l’adopter. Il est nécessaire de croire en lui et de lui faire confiance.

Nous devons le recevoir et l’accepter tel qu’il est, malgré ses défauts, malgré les traces indélébiles que les années ont déposées, malgré les vergetures et la cellulite. Nous devons consentir à l’aimer, ce corps, ce cadeau même, car nous n’en avons qu’un et il a le droit à tout notre respect. Il faut apprendre à le câliner et en prendre soin, ce corps sans qui on ne pourrait rien…

Des voyages, un rêve, un corps, une danse, des envols, une vie… Qui a dit que vivre n’avait pas son charme ?

Ninie by Clem Piller

Je continue, aujourd’hui encore, à danser et à voler. J’ai même été sur scène, pour me défier moi-même, pour croire en cette chair que je peine encore parfois à accepter. J’ai aimé offrir ce corps aux spectateurs, comme si sous leurs yeux il n’était plus qu’un instrument, il ne m’appartenait plus, il ne dépendait plus de moi, il bougeait au gré de la musique, il connaissait les pas. 

J’étais libre et, le temps d’un instant, je volais encore une fois…

Peut-être faut-il ne pas oublier nos rêves d’enfant afin de pouvoir oser, oser rêver et, pour ma part, oser rêver en volant…

« Je suis Ninie et I have a dream »

Merci 😊

6 commentaires sur “Oser rêver en volant

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