Vivre : Libre de pardonner/ 1

Un jour, par hasard, je suis tombée sur une phrase qui m’a marquée, une phrase que je n’oublierai jamais…

« Le Pardon est une puissance qui libère. »

Je suis toujours étonnée de voir à quel point mes enfants ont besoin d’être pardonnés et pardonnent avec une aisance déconcertante. Peu importe ce que l’on peut leur faire, l’innocence qui les habite leur permet de pardonner avec une étrange facilité. Mais ils ont aussi besoin de se sentir pardonnés, afin de pouvoir avancer…

On a souvent l’impression que si l’on pardonne, on libère l’autre, mais je crois qu’en réalité pardonner, c’est se libérer d’abord soi-même ! Et la liberté, n’est-ce pas ce que chacun d’entre nous recherche ?

Le pardon ressemble à une montagne que l’on doit gravir… Incroyablement belle lorsqu’elle se dresse devant nous, mais souvent semée de difficultés et le chemin pas toujours tracé. Parfois même, des pauses sont nécessaires pour atteindre la cime. Mais lorsque le sommet est là et que nos pas victorieux foulent, non sans fierté, le chemin de crête, un sentiment de liberté nous saisit. La montée hasardeuse est oubliée, seule la joie demeure. Le pardon est cette montagne, mais la liberté offerte à ceux qui s’y aventurent et atteignent le sommet vaut l’épopée tout juste affrontée…

Lorsque j’étais adolescente, je suis partie pour un voyage que l’on peut dire « initiatique ». Je suis allée de l’autre côté d’un océan, à la rencontre d’un pays que je ne connaissais plus vraiment, le pays de mes origines, un pays verdoyant. Un pays offrant une diversité de natures incomparable, des paysages mémorables, des marchés colorés, des senteurs riches et nouvelles, mon pays, Ma Terre… Lors de ce grand voyage, j’ai fait deux rencontres qui ont profondément marqué ma vie et mes souvenirs, mais je n’en parlerai que d’une pour l’instant. Suite à ces rencontres, j’ai beaucoup souffert et j’ai dû apprendre à pardonner…

Quelques temps après notre arrivée dans ce pays, j’entrepris d’aller à la recherche de mon passé et par une chance incroyable (ce genre de cadeau que la vie t’offre généreusement), j’ai pu trouver ce que je cherchais. Je suis alors partie pour des retrouvailles qui devaient être celles dont j’avais rêvé. Je ne me rappelle plus vraiment les chemins empruntés pour retrouver ce passé, je ferme les yeux pour essayer de me souvenir, mais malheureusement rien ne me vient… Alors je ferme les yeux et j’imagine : une route à travers les montagnes émeraude, des femmes aux habits colorés nous saluant en reconnaissant la petite fille d’autrefois, des hommes dans les champs transpirant sous ce soleil brûlant, des bus qui débordent de fruits exquis… Je redécouvre la magie d’un pays lointain et en imaginant ces souvenirs, je souris…

Et en arrivant dans ma ville natale, je vis une silhouette se profiler… Elle était là… Petite, les cheveux bouclés, de corpulence moyenne avec un chemisier jaune moutarde et un jean, Elle m’attendait, celle à qui je dois la vie… Elle était là, ma mère, Luz-Marina, ma lumière marine… Mon cœur semblait s’être arrêté. Le monde pouvait trembler, cela n’avait aucune importance, car Elle était là… 

Elle, belle et réelle… le temps s’était comme suspendu…

Je crois que c’est l’une des premières fois que je pose vraiment des mots sur cette rencontre. On me demande parfois : « Alors, tu as retrouvé ta mère biologique ? C’était comment ? Vas-y raconte ! ». Mais il est vrai que je reste assez évasive et je ne réussis pas à exprimer ce que je ressens vraiment… Je n’arrive pas à expliquer avec ma langue ce que mon cœur garde secrètement. Souvenez-vous de ce que je vous ai écrit il n’y a pas si longtemps : « Je préfère donc écrire et me délecter de ces mots que je peux ajouter ou corriger au gré de mes envies… L’écriture est mon expression et j’ai besoin de m’exprimer. »

Attablée avec Elle, mes parents et un traducteur, une discussion s’engagea, discussion qui ne fut pas entièrement gravée dans ma mémoire. Il faut dire que j’étais bien trop occupée à la contempler. À observer son nez, sa bouche, à scruter chacune de ses boucles brunes, à regarder sa montre, sa chemise, ses oreilles… Elle était là, et Elle était ma mère… Je bouillonnais de l’intérieur et mon cœur battait la chamade… Elle et moi réunies, je n’arrivais pas à le croire…

Je l’admirai avec un sentiment inexplicable quand une phrase, un échange attira mon attention et brisèrent l’éclat de ce moment. Elle ne se souvenait plus ! Elle m’avait oublié, comme on abandonne un petit chien à la SPA que l’on délaisse, ma mère m’avait abandonné au fin fond de sa mémoire… Mon cœur se brisa à cet instant, je saignai, mais je ne pleurai pas. Ma blessure était là, sanglante et profonde. Je l’ai détesté, haïe même. J’avais passé treize ans à penser à Elle, cent cinquante-six mois à ne pas l’oublier et plus de quatre mille huit cents nuits à rêver d’Elle… Mais Elle, Elle m’avait juste effacée, comme ça, comme l’on oublie un vieux livre au fond d’un tiroir, une paire de bottes dans un placard. Je me sentais à nouveau abandonnée. J’étais folle de rage, je hurlais de l’intérieur… Oui, autant j’avais pu l’idolâtrer, autant à ce moment, je la haïssais de m’avoir trahie, d’avoir osé me blesser… Une deuxième fois…

J’ai pris des années avant de pouvoir lui pardonner, comprendre qu’Elle avait peut-être involontairement occulté de sa mémoire le souvenir de son enfant… J’ai mis du temps avant de percevoir sa fierté lorsque, pendant toute une journée, Elle m’a présenté comme sa fille à ses amis. Sa fille venue de l’autre côté des grandes eaux… 

Gravir cette montagne a été, je pense, une des choses les plus dures que j’ai eu à faire dans ma vie. Je suis tombée plusieurs fois, j’ai pleuré, hurlé, prié aussi, mais j’ai finalement réussi à laisser tomber les armes et à pardonner. Mon cœur ne souffre plus lorsque je revois son visage. Elle est l’autre femme… Elle est ma mère. Je suis guérie de ma haine. Mais il y a toujours, au fond de mon âme, des séquelles et des cicatrices : j’ai été une enfant abandonnée. J’ai donc encore besoin de prendre soin de ce cœur brisé, il souffre encore de nombreuses blessures et peut être que ça prendra une vie entière pour guérir complètement… 

Mais aujourd’hui, je suis en paix avec Elle. Je suis en paix avec mes origines, mes racines et mon pays, que j’espère un jour pouvoir retrouver et, qui sait ? Peut-être, la revoir… Elle…

Le pardon est une puissance qui libère. Je suis libre d’aimer à mon tour afin d’offrir des racines et des ailes à mes enfants…

« La rencontre » été 99

Je suis Ninie et « I have a dream. »

Merci 😊

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